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Rentrée scolaire 2019-2020 au Bénin : L’école ouvre ses portes la peur au ventre
Publié le 17 septembre 2019

L’école béninoise s’éveille à nouveau dans un climat d’impréparation et d’improvisation. Après plusieurs semaines de vacances, la reprise des cours est pour ce lundi 16 septembre 2019. Et pendant que parents et apprenants s’apprêtent, ce sont les enseignants qui ne savent à quel saint se vouer.

Ce lundi 16 septembre 2019, où l’école béninoise ouvre ses portes, aucun enseignant du secondaire à part les Agents permanents de l’Etat ne sait encore à quelle sauce, il sera mangé. Les ACE ne savent pas encore quelle promotion sera retenue et les vacataires ignorent s’ils auront la chance d’avoir leur nom dans la base de données. Et comme si cela ne suffisait, le gouvernement a annoncé à grands renforts médiatiques, que les cours démarrent effectivement sur toute l’étendue du territoire national ce jour.

Les emplois du temps disponible mais…

De nos enquêtes, il ressort que les censeurs sont un peu déboussolés dans les établissements. Habitués à attribuer l’emploi du temps aux enseignants APE et ACE avant le début de la rentrée, ils n’ont pas eu les coudées franches cette fois-ci. Conséquence, les enseignants ne connaissent pas les classes à tenir. Ce qui ne leur permet pas d’apprêter leurs fiches pédagogiques en fonction du programme de l’année. Mais ce lundi à l’ouverture des classes, ils vont attendent encore. Un tour dans quelques établissements ce vendredi 13 septembre 2019 et le constat est désolant. Même si quelques parents viennent remplir les formalités pour les nouveaux élèves, l’ambiance au niveau de l’administration n’est pas bon enfant. « Nous avons établir les emplois du temps mais personne n’est venue chercher en dehors d’une dizaine d’APE alors qu’ici il nous faut 189 enseignants afin de couvrir tous les groupes pédagogiques », nous a difficilement confié un censeur qui a requis l’anonymat de peur de subir des représailles de la part des autorités politico-administratives.

Le sort des vacataires…

A quand les résultats de l’évaluation des aspirants ? Une question que se posent enseignants vacataires, retraités et diplômés sans emplois depuis deux semaines sans réponse. Alors que la rentrée démarre aujourd’hui, les autorités en charge de l’éducation n’ont daigné régler cette question afin de permettre aux enseignants de commencer sereinement la rentrée des classes. En effet, deux évaluations ont été organisées pendant les vacances scolaires. La première a réuni les enseignants vacataires afin de jauger leur niveau et retenir dans une base de données, ceux qui sont jugés capables d’enseigner et la seconde a mobilisé les ACE afin de tirer le bon grain du l’ivraie. Et ce lundi où la rentrée est effective, c’est encore l’incertitude totale dans le rang des vacataires qui constituent le plus grand nombre des différentes catégories d’enseignants. « Les vacataires ont le moral très bas. Nous ne savons comment l’année va se dérouler. Nous n’avons pas d’emploi du temps compte tenu des résultats de l’évaluation qui trainent encore. Ce qui fait qu’on n’a préparé aucune fiche pour le moment », a laissé entendre Crespin T., enseignant vacataire. Et ce que cette catégorie d’enseignants ignore, nombre d’entre eux ne pourront plus reprendre le chemin de l’école. Le ministre Mahougnon Kakpo l’a martelé à plusieurs reprises. En conférence de presse pour éclairer certains points d’ombre relatifs aux préparatifs de la rentrée des classes. Le ministre a fait savoir que les vacataires ne feront plus partie du système éducatif. Il y aura une autre catégorie d’enseignants dénommée ‘’aspirant’’ pour se substituer à ceux-là. En réalité, les prestataires de services pédagogiques sont devenus indésirables. C’est ce pourquoi les tests ont été organisés afin de constituer une base de données pour les aspirants au métier d’enseignant. « Ceux qui seront reçus à ces tests seront désormais mis à la disposition des écoles et collèges. Ils remplaceront certainement les vacataires. Ceux parmi ces vacataires qui ont pris part à ces tests et qui ont obtenu la moyenne seront aussi positionnés dans des collèges de leur localité. Ce qui voudra dire que certains inexpérimentés pourront démarrer leur carrière pendant que d’autres, avec une dizaine d’années de pratique vont être sortis du système », s’inquiètent un directeur d’école qui a requis l’anonymat.

Les ACE aussi sur la braise…

Si les vacataires ont toujours su qu’ils étaient sur une chaise glissante, les Agents contractuels reversés se sont toujours bombés le torse compte tenu de leur contrat qui leur confère une certaine stabilité financière. Mais c’est sans compter avec le gouvernement de la ‘’Rupture’’. « Jamais ont été aussi stressé à l’approche d’une rentrée. Les vacances n’ont pas été du tout agréable. Et à la veille de la reprise des classes, l’inquiétude demeure encore », confie Jules Sessi. « Avec le gouvernement de la ‘’Rupture’’ les enseignants ont subi les pires humiliations de leur vie », renchérit un autre enseignant ACE rencontré ce vendredi dans un établissement public où il a fait un tour afin de s’enquérir des résultats de leur évaluation. Ces témoignages montrent à suffisance le degré d’impréparation et d’improvisation au niveau des ministères de tutelle.

Des directeurs déchargés…

A la tête de l’administration, jusqu’à la veille de la rentrée, certains directeurs qui se préparaient pour rendre effective la rentrée de leur établissement se voient du jour au lendemain déchargé. Le ministre de l’enseignement secondaire Mahugnon Kakpo a frappé. L’arrêté en date du vendredi 13 septembre 2019, a déchargé de leurs fonctions plusieurs chefs d’établissement pour “insuffisance de résultats au titre de l’année scolaire”. Lorsqu’on sait que gouverner c’est prévoir, pourquoi avoir attendu la veille de la rentrée pour une telle opération ?

Une année sans grève oui, mais …

Le gouvernement béninois s’est doté d’instruments juridiques pour avoir encadrer la jouissance du droit de grève. Au cours d’une conférence de presse, le ministre a fait le point des actions menées pour entretenir la paix. Tous les établissements publics ont bénéficié des subventions pour le bon fonctionnement des activités scolaires. Les diverses primes prévues d’ordinaire à chaque rentrée scolaire sont également déjà disponibles et positionnées dans les différentes banques. La nomination des responsables d’établissements avec comme point d’honneur le respect des grades et de l’ancienneté, l’organisation des journées pédagogiques, la normalisation du format des épreuves et l’ouverture des lycées techniques et professionnels de Tchaourou et de Bopa. Au plan du dialogue social, le conseil sectoriel du dialogue social a permis et d’aplanir les divergences. « La ressource humaine qui doit accomplir le travail dans les salles de classe n’a pas été apaisée. Les autorités ne savent pas encore que l’enseignant doit aller en classe dans un état d’esprit lui permettant de donner le meilleur de lui-même », a affirmé un censeur rencontré dans le Mono.

D’autres acteurs également inquiets

Pour le secrétaire, Dovonou Thierry, une réforme éducative est la modification d’un système éducatif dans le but de l’améliorer. Elle a une dimension réflexive et les finalités doivent être définies en tenant compte d’une dimension politique (centrée sur les objectifs et des impératifs politiques) et d’une dimension philosophique (finalité relevant du domaine de la philosophie de l’éducation) ». Il précise qu’elle doit recueillir un large consensus social. Mieux, une réforme opérante doit viser l’amélioration des valeurs. Une situation bien triste qui n’a pas échappé aux parents d’élèves. Maman Carine, parent d’élève rencontrée dans un établissement public a noté que l’ambiance n’est pas comparable à celle de l’année dernière. Et pourtant des réformes ont été annoncées non pas pour embrouiller le système mais pour l’améliorer. Au regard de ces dysfonctionnements, l’on est alors en droit de se demander si tout est effectivement réformé dans l’enseignement au Bénin. Vivement que les autorités en charge de l’éducation mettent les bouchées doubles pour corriger les insuffisances en ce début d’année académique.

La Rédaction


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