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Suivi scolaire des apprenants par un parent analphabète :
Une tâche difficile, mais passionnante Publié le 17 décembre 2018

Combien d’enfants avez-vous et quel est leur niveau d’étude ?

Je suis mère de trois garçons. Deux vont déjà à l’école et le benjamin n’y va pas encore en raison de son âge. Ce dernier n’a que deux ans. Les deux qui fréquentent sont tous au Cour Élémentaire première année (CE1). En fait, l’aîné a repris la classe du Cour Préparatoire (CP). Et son jeune frère, l’a rattrapé avant qu’ils ne passent tous les deux en classe supérieure, l’année passée. Ainsi ils font tous deux, actuellement le CE1.

Savez-vous lire ou écrire en français ?

J’aurais vraiment aimé savoir lire ou écrire, même quelques mots. Mais malheureusement pour moi je n’ai pas pu fréquenter une école depuis mon enfance jusqu’à l’heure actuelle. Par conséquent je ne sais ni lire des mots ou phrases écrites en français ni écrire moi-même en français. Comment procédez-vous alors pour suivre vos garçons dans leurs études ? Comme je vous l’avais dit, je n’ai pas la capacité de lire le français. Il m’est donc impossible de m’assurer qu’ils apprennent leurs leçons, qu’ils fassent leurs exercices, qu’ils comprennent les cours dispensés par leurs enseignants à l’école afin de les aider à surmonter les obstacles qu’ils rencontrent. Leur père non plus, n’a pas évolué dans ses études ; il n’a pas atteint le collège. Actuellement il est conducteur de camions dans la ville. Vous voyez donc qu’il n’a pas également la possibilité de s’occuper de nos enfants sur le plan de leurs études à la maison. Cependant, vous conviendrez avec moi que l’on ne pourrait laisser nos progénitures sans accompagnement. Nous faisons donc recours à notre entourage, à des gens qui sont déjà passés par ces classes pour aider les enfants dans le cadre de leurs études. Pour le compte de cette année scolaire, j’ai négocié avec un étudiant qui vit en face de notre maison pour les aider. Ils se rendent chez lui aux heures convenues pour travailler. L’étudiant en question les aide non seulement à faire leurs exercices et à apprendre ou comprendre leurs leçons mais approfondi aussi avec eux les notions abordés en classe. Il les confronte à différentes situations pour les habituer à tout genre d’exercice susceptible de faire objet d’évaluation en classe.

Etant donné que celui qui les accompagne pour leurs exercices ne réside pas dans votre maison, comment procédez-vous quand ils rentrent de chez lui ?

Quand je prends l’exemple d’aujourd’hui, ils ne sont pas allés chez celui qui les encadre. Et malgré qu’ils ne soient pas aussi allés à l’école, ils n’ont absolument rien fait. Quand je les oblige à aller prendre le cahier, ils n’y font rien de bon. Les enfants restent là à observer le livre ou le cahier sans pour autant se concentrer sur leur contenu. C’est d’ailleurs ce qu’ils étaient en train de faire avant votre arrivée. Quand il n’y a pas un peu de chicotte à côté pour les accompagner, ils restent capricieux là, à ne rien faire. Par conséquent, que ce soit chez leur encadreur ou à l’école, il doit y avoir un peu de chicotte pour les obliger à bien faire, à se concentrer sur le travail. Ainsi, nous pourrons obtenir le résultat escompté. Je suis convaincue que sans un peu de châtiments de temps à autre nous n’obtiendrons rien. C’est regrettable mais certains parents n’aiment pas du tout qu’on touche à leurs enfants et ces derniers finissent par se devenir des cas sociaux. Les enfants aiment trop s’amuser. Ils sont inconscients et insouciants. Nous ne faisons que nous confier à Dieu pour qu’il les éclaire et leur ouvre l’esprit afin qu’ils assimilent ce qu’on leur enseigne.

En confiant vos enfants à un encadreur à la maison, obtiennent –ils de bonnes notes après les évaluations ?

Je ne peux vous répondre avec certitude. En effet, ils n’ont pas encore eu à faire d’évaluation depuis qu’ils ont commencés la rentrée. Et donc je n’ai pas connaissance actuellement de l’évolution de leur performance à l’école. Nous ne pouvons pas nous baser sur les résultats de l’année passée pour affirmer qu’ils progressent. Je ne considère pas ce qu’ils ont fait l’année scolaire écoulée comme du travail car ils n’étaient qu’au CP. Mais je vous l’avais souligné ; mes enfants s’amusent trop. Celui qui les encadre me l’a aussi déjà souligné. Et comme moi-même je sais quel type de garçons, ils sont, je ne doute pas de lui. Mais pour le moment, nous ne savons pas s’ils sont sur la voie du changement ou pas.

Comment arrivez-vous à savoir si vos enfants ont eu de bonnes notes ou pas du fait que vous ne savez pas lire le français ?

C’est bien quelqu’un qui s’occupe de les accompagner à la maison. En plus dans notre maison il y a certains qui savent lire. Donc ce n’est pas encore un crime si je leur fais la doléance de m’aider à avoir connaissance du résultat scolaire de mes garçons. Cela ne me tue pas de dire : excusez-moi grand frère ou grande sœur, pouvez-vous consulter ce bulletin et me dire si mes enfants ont eu de bonnes moyennes ou pas ? Donc c’est comme cela que je procède. C’est donc avec humilité je m’approche des gens pour leur demander un service qui, en plus ne coûte en réalité rien.

Qu’avez-vous à dire aux parents qui sont dans le même cas que vous mais qui n’arrivent pas à trouver un encadreur à la maison ?

Quoiqu’en soit ce que vous faites ici-bas, tôt ou tard ce sont vos enfants qui devront s’occuper de vous dans votre vieillesse. Nous devons donc commencer dès aujourd’hui à nous occuper d’eux, à faire l’impossible pour leur assurer un avenir meilleur afin qu’eux aussi, ils puissent à leur tour nous aider quand nous n’aurons plus la force de travailler. Si vous ne les habituez pas au travail dès le bas âge, ils ne pourront pas veiller sur vous dans votre vieillesse. Pour ce faire, je vais revenir sur quelque chose que j’avais dit auparavant. Beaucoup de parents n’aiment pas châtier ou qu’on châtie leurs enfants. Et cela ne leur profite en rien. Si l’on doit se référer aux douleurs de l’enfantement, on ne peut en effet avoir le courage de lever la main sur un enfant. Un peu de châtiment corporel doit les accompagner. Je ne dis pas qu’il faut les bastonner à tout bout de champ. Mais je dis de les corriger une fois en passant. Sans quoi, soit ils deviennent des cas sociaux soit ils prennent goût à la chicotte.

Réalisation : Anani Anthelme TOHOUN


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